Mais en fait non, avec comme preuve la journée d'aujourd'hui. C'est d'ailleurs cette journée qui me fait dire qu'il est temps d'écrire cette partie de notre histoire car de toute les manière, elle est à présent inscrite en nous à jamais et ne s'effacera pas, en aucune façons.
Petit retour en arrière, en novembre 2010. Je récupère mes deux grands et on file au labo, j'ai fait une prise de sang le matin même et j'attends les résultats, enceinte, pas enceinte, quel suspeeeense, j'adore! J'arrive au labo et la secrétaire me tend les résultats avec un grand sourire « C'est positif! ». Pfiou, c'est vrai que ce n'est pas ma première annonce de grossesse, mais cela reste toujours un grand moment, plein d'espoir, d'ouverture, de questions, bref, ça ouvre tellement de portes cette bonne nouvelle! Je suis tellement contente que je le dit à Jules et Antonin dans la voiture « Vous allez avoir un petit frère où une petite sœur les garçons!! » « Ben il est où ton bébé maman? » Début d'explication sur comment grandissent les bébés dans le ventre de leur maman etc, cool. Cela restera la seule et unique super journée magique de cette grossesse...
Vacances de noël, je n'en peux plus, je suis malade comme un chien depuis trois semaines, j'ai déjà fait trois allers retours aux urgences pour des pertes de sang, j'ai peur de faire une fausse couche mais je suis tellement malade et mal dans ma peau que parfois, je m'y résignerai presque.. J'ai passée donc mes vacances de fin d'année à gérer les nausées, les odeurs qui m'insupporte au possible et une grande, immense fatigue. Je me sens mal dans mes baskets, mais bon, c'est le premier trimestre, il n'est pas simple, bientôt la fin du tunnel, j'ai rendez vous début janvier pour ma première écho, ça va aller, en juillet, on aura un autre enfant.
Mi janvier : première rencontre avec ma sage femme qui suivra ma grossesse. Je me sens mal, je suis toujours malade et fatiguée et je n'arrive pas à croire que dans quelques mois un autre enfant viendra nous rejoindre. Pourtant mon ventre s'est déjà arrondit et j'ai toujours autant de symptômes qui me rassurent sur la continuité de ma grossesse, alors pourquoi suis je aussi mal? Je parle avec la sage femme, la calme un peu devant son enthousiasme en lui faisant part de mes inquiétudes, le fait de toujours perdre un peu de sang me fait douter de la viabilité de l'embryon. Elle me propose donc d'aller faire une écho pour me rassurer, ok, c'est cool, je suis contente, je vais voir mon bébé!
Et là, je vois un petit bout de vie qui bouge, saute, tourne, bref, vit sa petite vie d'embryon. Mais il présente une petite anomalie, une clareté nuccale très épaisse, ça craint du boudin grave, mais je ne le réalise pas encore. Je me sens tellement mal depuis le début, j'ai tellement cru faire une fausse couche qu'en fait je me suis protégée de toute émotion envers ce petit bout de vie et je me rassure en me disant que bon, on verra dans 10 jours et qu'il vaut mieux savoir maintenant si il y à un problème. C'est vrai, on a de la chance d'être à une époque où on peu savoir tôt si il y un gros souci... Mais cela ne me concerne pas, ça n'arrive qu'aux autres... Sauf que là, au fond de moi, je ne suis pas convaincu du tout et bizarrement, Johan non plus...
Depuis Noël, Antonin est infernal, mais je n'ai pas la force de chercher à comprendre, trop concentré par ce qui est en train de se passer pour ce petit bout de vie.
10 jours plus tard, écho de contrôle, j'ai cauchemardé toute la nuit, j'imagine le pire et je me sens prête à l'entendre, le pire... Sauf que c'est pire que pire, c'est carrément pas bon du tout : notre petit bout de vie est complètement entouré par un œdème hygrokysmique (un truc du genre) et ce n'est pas bon du tout, du tout... Je me revois encore dans cette pièce d'écho, seule (la sage femme à couru chercher un gynéco parce que là, le protocole change, je vais être prise en charge très sérieusement et elle, elle est carrément dépassée...), face à l'image fixe de notre petit bout de vie, je le hais, je l'aime, j'ai pas mal, j'ai mal, je voudrais que son cœur s'arrête, que tout s'arrête, j'en ai marre, je suis fatiguée et je ne vais pas supporter la suite des évènements, je le sens... Mais peut être que ce n'est rien? Peut être que notre petit bout de vie va aller mieux?
Tout va ensuite très vite, trop vite? Quatre jours plus tard, nous sommes à Poitiers pour pratiquer une ponction du placenta, afin de faire la caryotype de notre petit bout de vie. Journée bizarre passée tout les deux, pleine de tendresse, de rigolade, de papotage, de larmes, une journée irréaliste et difficile. Au moment de l'examen, j'ai encore une minuscule espérance que notre petit bout de vie aille mieux, mais non, le couperet tombe : écho de contrôle, il est toujours dans le même état... Et son coeur bat toujours... Je suffoque, j'ai chaud, j'ai pas juste envie de pleurer, j'ai besoin de m'accrocher à quelqu'un, qu'on me dise que tout va bien se passer malgré le fait que non, ce bébé dans mon ventre ne viendra jamais au monde. Johan est dans la salle d'attente, je suis seule avec des infirmières super douces, mais je ne les connais pas et elles vont me transpercer le ventre avec une énorme aiguille... Je réalise avec cet examen que pour nous, le résultat ne sera pas bon, c'est sûr. Je pleure dans les couloirs des salles de naissances, vide mes émotions avant de rejoindre Johan, il se fait déjà tellement de souci, je ne veux pas qu'il me voit dans cet état. La sage femme qui m'accompagne me soutient, m'encourage à pleurer, à me décharger de toute cette tension qui s'accumule et je rejoins Johan un peu plus calme. (mais avec des envies de meurtres pour les deux futures mamans qui ont également fait un examen avant moi et pour qui, tout va bien). Retour sur Angoulême, Johan est aux petits soins, les enfants un peu pas trop bien, mais moi, j'suis nase, dormir, je veux dormir...
6 jours plus tard, rendez vous à l'hôpital, je récupère mon dossier au secrétariat et attend mon gynéco. J'ouvre mon dossier et je lis le compte rendu du caryotype, puré, il est déjà là! : « après étude des paires 21 – 18 – 13, il se trouve une anomalie sur la paire 18 » Ouf, ce petit bout de vie avait vraiment un souci (oui, c'est paradoxal comme réaction, mais j'avais tellement peur qu'on ne trouve rien au caryotype et devoir encore attendre la découverte d'une malformation cardiaque où autre, indéniable au vue de l'anomalie de l'embryon à 13 semaines. Attendre et que cet enfant meurt dans mon ventre, cela me terrifiait complètement), je continue ma lecture « le foetus est de sexe féminin »... Une petite fille? Mon Dieu, c'est une petite fille!!??? Mais ce n'est pas possible... Je me sens dévastée, je pense à Johan qui est à la maison pour s'occuper de Justinien, à nos garçons, une petite fille... C'est alors que mon gynéco me récupère en larme dans la salle d'attente, on parle, beaucoup, je pleure encore et on programme l'IMG (interruption médicale de grossesse) deux jours plus tard...
Deux jours entre parenthèse, une nuit d'insomnie, beaucoup de questions, une forte envie de croire qu'après, ça ira mieux, après ce sera fini...
Jeudi, je pars en bus, Johan s'occupe des enfants. Je sens notre petit bout de vie bouger, comme des petites bulles, c'est tellement doux, comment croire qu'il est malade ce petit bout de vie? Depuis que nous savons que c'est une fille, toute les barrières ont lâchée, on est triste, tous les deux. On a pas à se plaindre de quoique ce soit, nous avons trois beaux enfants, mais ce petit quatrième, cette petite fille.. Nous sommes triste...
Je pars au bloc, en pleurs, je m'endors en pleurs, c'est le moment le plus difficile je crois.. M'endormir en sachant que notre petit bout de vie est là, son cœur bat et il grandit et dans quelques instant, il va être aspiré, écrabouillé, il n'existera plus jamais, notre petit bout de vie... Je m'endors...
Je reprend conscience, on m'enlève mon tube de ma gorge, j'entends les « bip-bip » de l'appareil pour contrôler mon cœur et de suite, je pense à notre petit bout de vie, le « bip bip » s'accélère et je pleure.. Une infirmière arrive « Vous avez mal? » « Non, je n'ai pas mal, c'est le bébé... » elle me sert la main et s'en va, il y a du monde en salle de réveil, un vrai parking...
Retour en chambre, j'ai perdu beaucoup de sang, je dois attendre le soir pour rentrer, je me sens mal, seule, vide, je veux retrouver mes enfants, Johan... Et je pleure, encore et encore...
Nous sommes quinze jours plus tard, je suis retournée faire une écho de contrôle aujourd'hui, tout va bien, sauf que je ne peux plus rentrer dans cette pièce sans pleurer. L'image de mon petit bout de vie est dans mon esprit et de voir mon utérus vide à l'écran, c'est trop tôt... Tout va bien selon la gynéco. Mais je pleure encore et moi, je réalise qu'en fait la boucle ne sera jamais bouclée et que cela restera toujours en nous, cette petite fille fait partie de nous à jamais. Physiquement, je suis redevenue comme avant, toutes les traces du passage de ce enfant ont disparu, mais pas dans ma tête...
On a beaucoup parlé avec la gynéco qui nous encourage à refaire un enfant. Oui, mais je ne sais pas, j'en ai envie, mais j'ai peur, c'est trop tôt. Et puis nos trois garçons sont là, ils ont été franchement remués par cet épisode, nous aussi et nous avons tellement d'autres choses à faire, une maison à retaper, Jules qui va rentrer en CP, Justinien qui rentre en petite section en septembre et Antonin qui est tellement à fleur de peau... Depuis l'intervention, ils ont été en demande de moi, à fond. Ils ont eut peur, tous les trois, de me voir pleurer, d'entendre parler du bébé, qu'il était trop malade et trop petit pour venir dans nos bras et qu'il devait partir et qu'on ne le verrait pas. Et ils ont été bien malades (comme par hasard), du coup, pas trop le temps de souffler, et parfois, j'ai l'impression d'un mauvais rêve... Mais en fait, ce n'est pas si simple et la blessure est bel et bien présente...
Les questions restent, sans réponses : le sentiment d'avoir été lâche, d'avoir abandonnée ce petit bout de vie tout en sachant que notre décision était la bonne. Une T18, c'est sans appel, 95% des fœtus meurt in utéro et ceux qui naissent meurt dans les jours, les semaines qui suivent la naissance. Alors oui, nous avons pris la bonne décision, mais ces questions resterons à jamais en flottement dans ma tête.. Et si on l'avait accompagnée jusqu'au bout? La voir, la tenir dans mes bras?... Mais du coup, nous voyons nos enfants d'un œil neuf, ils sont trop beaux nos p'tits loulous!